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DOCTRINE & INSPIRATIONS

Être ou avoir : l'aphorisme de De Gaulle, la science ne l'a pas oublié… Droite & Centre, si.

« Les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent » — De Gaulle a affirmé jusqu'en 1969 les dégâts nationaux et sociaux du propriétarisme.

La France Libre : des esprits vivant d'idéal, pas de possessions. Inspiration et vision vs cécité et dureté. Un savoir d'expérience dont la science a confirmé les effets. Erich Fromm l'a théorisé, Russell Belk l'a observé, Tim Kasser l'a mesuré — les HNO dans la tourmente possessive.

24 juin 2026 France-PC-HNO Article 104 8 min de lecture

Aphorisme fort parce que vécu. Rapporté par Alain Peyrefitte, « C'était de Gaulle », tome 2, p. 148.

« Les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent. » Cette phrase de De Gaulle est une leçon de vie : la France Libre lui a rendu évidents les biais et travers de l'esprit humain. En 1940, ceux qui le rejoignirent avaient tout quitté — biens, situations, sécurité. Les autres ont préféré confort et possession. La recherche, depuis, confirme l'emprise de l'avoir sur l'esprit — donnant raison à remettre en mémoire cet aphorisme juste et bénéfique. Voici ce corpus scientifique, et ce qu'il éclaire pour l'habitat non-ordinaire.

Posséder n'est nocif que dans l'excès de possession et ses conséquences : quand posséder cesse d'être un moyen pour devenir une fin, jusqu'à gouverner fermement l'esprit de celui qui possède. De Gaulle l'a éprouvé avant de le dire ; quatre courants savants l'ont depuis confirmé.

1. De Gaulle : non pas une intuition, une expérience

La formule est rapportée par Alain Peyrefitte dans « C'était de Gaulle » : « les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent ». De Gaulle ne l'a pas déduite d'un livre — il l'avait vécue. En juin 1940, rallier la France Libre, c'était abandonner ses biens, sa situation, parfois sa famille et son pays, pour une idée. Ceux qui firent ce choix étaient, en quelque sorte, indemnes de propriétarisme : ils avaient placé l'être — une France libre, l'honneur — au-dessus de l'avoir. À l'inverse, le souci de préserver ses possessions en retint beaucoup dans l'attentisme. De Gaulle a donc perçu les différences d'esprits entre qui est libre et qui reste prisonnier de ce qu'il possède.

« Ce qui a rendu si rares les Français libres, c'est le fait que tant de Français soient propriétaires. Ils avaient à choisir entre leur propriété — leur petite maison, leur petit jardin, leur petite boutique, leur petit atelier, leur petite ferme, leur petit tas de bouquins ou de bons du Trésor — et la France. Ils ont préféré leur propriété. […] Ceux qui avaient à choisir entre les biens matériels et l'âme de la France, les biens matériels ont choisi à leur place. Les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent. »— Charles de Gaulle, 1966 (rapporté par Alain Peyrefitte, « C'était de Gaulle », tome 2, p. 148)
Charles de Gaulle : « Les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent » — Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 2, p. 148 (1966)
« Les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent. » — Charles de Gaulle, 1966 (rapporté par Alain Peyrefitte, « C'était de Gaulle », tome 2, p. 148)

Ce n'est pas un rejet de la propriété, mais le constat d'un homme qui rangeait l'« avoir » derrière une certaine idée de l'« être ». Une page est consacrée à l'usage politique de cet héritage gaullien, où l'on peut entendre son discours du 11 mars 1969 appelant à plus d'humanité sociale.
Ce qui est rassemblé en cette présente page : l'analyse de la science sur cet aphorisme.

2. Fromm : avoir ou être

Le psychanalyste et sociologue Erich Fromm, dans « Avoir ou Être ? » (1976), distingue deux modes d'existence. Le mode avoir organise la vie autour de la possession, du contrôle et de l'accumulation. Le mode être la fonde sur l'expérience, la relation et l'activité partagée. Sa question est restée célèbre :

Si je suis ce que j'ai, et que je perds ce que j'ai, qui suis-je alors ?

C'est, presque mot pour mot, la théorisation de l'aphorisme gaullien : plus l'identité repose sur l'avoir, plus elle devient fragile et dépendante de l'objet possédé. Fromm ne condamne pas la propriété d'usage (avoir de quoi vivre) ; il alerte sur l'« avoir existentiel », celui qui colonise le rapport à soi et aux autres.

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3. Belk : les possessions, ce « soi étendu »

Côté sciences sociales, le chercheur Russell Belk a posé en 1988, dans un article fondateur (« Possessions and the Extended Self »), que les biens deviennent une extension de soi : on se définit, en partie, par ce que l'on possède — « nous sommes ce que nous avons ». Le mécanisme vaut pour tous, matérialistes ou non.

Belk rappelle aussi l'effet Diderot, du nom du philosophe qui, dans ses « Regrets sur ma vieille robe de chambre » (1769), raconte comment une robe de chambre neuve l'a poussé à renouveler tout son cabinet pour « être à la hauteur » de l'objet. Une possession en appelle une autre : l'avoir n'apaise pas le désir, il l'entretient. C'est, concrètement, comment l'on se laisse posséder.

4. Kasser : la preuve chiffrée

Reste à savoir si tout cela se mesure. Le psychologue Tim Kasser (« The High Price of Materialism », 2002) et de nombreuses études depuis l'ont fait : plus une personne place l'argent et les possessions au cœur de ses valeurs, plus on observe chez elle de l'anxiété, de la dépression et un moindre bien-être. Plusieurs méta-analyses confirment cette corrélation négative entre matérialisme et satisfaction de vie.

🔑 À lire avec justesse

Il s'agit d'une corrélation statistique, robuste et reproduite — pas d'un destin individuel ni d'un jugement sur les personnes. Le constat n'est pas « les propriétaires sont malheureux », mais « une vie organisée autour de l'accumulation tend à coûter en bien-être ». Exactement la nuance de De Gaulle.

5. Du côté du social : Bourdieu et Piff

Deux apports complètent le tableau. Le sociologue Pierre Bourdieu a montré que la propriété n'est jamais un simple objet : c'est un capital, un rapport social qui classe, distingue et se transmet. Et les psychologues sociaux de Berkeley, Paul Piff et Dacher Keltner, ont établi expérimentalement que la richesse et le statut élevé tendent à réduire l'empathie — un résultat détaillé dans la page sur le « paradoxe du privilège ». La possession ne façonne pas seulement le possédant : elle pèse sur son regard envers les autres.

6. Ce qu'habiter léger en fait

Ce corpus n'est pas un sermon anti-propriété ; c'est une boussole. L'habitat non-ordinaire — léger, réversible, sobre — déplace le centre de gravité de l'« avoir » vers l'« être » : il repose sur l'usage plutôt que sur la valeur patrimoniale, sur l'empreinte réduite plutôt que sur l'accumulation, et il échappe en partie à la logique spéculative du logement.

Le cas des Voyageurs est le plus éclairant. Pour beaucoup, le rapport au monde n'est pas propriétaire : la caravane, habitat mobile, permet d'habiter sans accumuler de patrimoine foncier — l'« être plutôt qu'avoir » au quotidien. L'ethno-sociologue Gaëlla Loiseau, co-directrice de la revue « Études tsiganes » et longtemps médiatrice auprès des gens du voyage, documente ce glissement « de l'habitat rêvé à l'habitat contraint » : c'est souvent l'administration qui pousse à la sédentarisation et à la propriété, à rebours d'une culture du mouvement et de la sobriété. Là encore, un seul HNO : du paysan en yourte au Voyageur en caravane, une même façon d'habiter — posséder peu pour être davantage.

Habiter léger, ce n'est donc pas « avoir moins » par défaut : c'est, pour beaucoup, choisir d'être davantage en possédant moins. De Gaulle, Fromm, Belk et Kasser disent, chacun à sa manière, pourquoi ce choix est cohérent et responsable — et pourquoi il mérite d'être reconnu plutôt que réprimé.

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Exemple : un tiers de l'habitat-camping (enquête G. Lion, Vivre au camping, 2024) est responsable et utile dans la crise du logement.

Questions fréquentes

Que voulait dire De Gaulle par « les possédants sont possédés » ?

Dans une conversation rapportée par Alain Peyrefitte (C'était de Gaulle), le général observe que « les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent » : à force de défendre, entretenir et craindre de perdre leurs biens, les propriétaires finissent gouvernés par eux. L'idée n'est pas anti-propriété, mais une mise en garde contre une vie organisée autour de l'avoir plutôt que de l'être.

Qu'est-ce que le « mode avoir » d'Erich Fromm ?

Dans Avoir ou Être ? (1976), le psychanalyste et sociologue Erich Fromm oppose deux manières d'exister : le « mode avoir », centré sur la possession et le contrôle, et le « mode être », centré sur l'expérience et la relation. Sa question résume tout : « Si je suis ce que j'ai, et que je perds ce que j'ai, qui suis-je alors ? » C'est la théorisation directe de ce que De Gaulle avait éprouvé.

Le matérialisme rend-il vraiment moins heureux ?

C'est ce que mesure la recherche en psychologie. Tim Kasser (The High Price of Materialism, 2002) et plusieurs méta-analyses montrent une corrélation : plus une personne place l'argent et les possessions au centre de ses valeurs, plus on observe d'anxiété, de dépression et un moindre bien-être. Le lien est statistique, pas une fatalité individuelle, mais il est robuste et reproduit.

En quoi l'habitat léger illustre-t-il « être plutôt qu'avoir » ?

L'habitat léger, réversible et sobre, repose moins sur l'accumulation et la valeur patrimoniale que sur l'usage et le mode de vie. Il échappe en partie à la logique spéculative du logement et engage une empreinte réduite. En ce sens, il incarne un déplacement de l'avoir vers l'être — non comme renoncement, mais comme choix assumé, que les travaux de Fromm, Belk et Kasser permettent d'éclairer.

Sources et repères :
— Alain Peyrefitte, « C'était de Gaulle » (Fayard) — propos « les possédants sont possédés par ce qu'ils possèdent ».
— Erich Fromm, « Avoir ou Être ? » (To Have or To Be?, 1976).
— Russell W. Belk, « Possessions and the Extended Self », « Journal of Consumer Research », 1988.
— Denis Diderot, « Regrets sur ma vieille robe de chambre » (1769) — origine de l'« effet Diderot ».
— Tim Kasser, « The High Price of Materialism » (MIT Press, 2002) ; méta-analyses sur matérialisme et bien-être.
— Pierre Bourdieu, travaux sur le capital et la propriété ; Paul Piff & Dacher Keltner (UC Berkeley), recherches sur richesse et empathie.
— Gaëlla Loiseau, ethno-sociologue — travaux sur l'habitat mobile des gens du voyage (« de l'habitat rêvé à l'habitat contraint »).

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