Un ancien camping RATP reconverti en logement solidaire. Dix habitants de 20 à 75 ans. Un propriétaire qui vit sur place. Un tribunal qui ordonne de tout démontrer — sans prononcer le mot « expulsion ». Bienvenue dans la vallée du Diois, mars 2026.
Source : cet article s'appuie sur le témoignage direct d'un habitant du camping "La Ruche", publié sur le blog Mediapart d'AxelT le 2 avril 2026. Ce n'est pas un article de la rédaction de Mediapart — c'est la voix de quelqu'un qui risque de perdre son toit. Notre travail consiste à amplifier cette voix, à la documenter juridiquement, et à la relier à l'arsenal de défense qui existe.
L'histoire commence en 2020. Un propriétaire local rachète l'ancien camping "La Ruche", jadis géré par le comité d'entreprise de la RATP pour les vacances de ses salariés. Le terrain est déjà classé camping 1 étoile — il a toujours été destiné à accueillir des personnes.
Plutôt que d'en faire une machine à profit touristique, le nouveau propriétaire choisit l'éthique : transformer une partie du site en résidences principales stables et à loyer modéré, dans un cadre solidaire et intergénérationnel. Le projet comprend trois volets : logement permanent, hébergement temporaire pour travailleurs saisonniers, et accueil touristique classique.
Le profil des « indésirables » ? Dix personnes, de 20 à 75 ans. Des ouvriers, des salariés, un fonctionnaire, des chefs d'entreprises, un pompier, des artistes, des naturalistes, des bénévoles associatifs. Des gens qui font vivre la vallée du Diois mais que le marché immobilier classique rejette — dans une zone où l'offre de logement est quasi nulle.
« Nous avons trouvé ici un foyer, une famille, et une manière de vivre plus simplement, plus proche de la nature, entourés d'écureuils, de milans et autres hérissons. »
— AxelT, habitant du camping "La Ruche", blog Mediapart, 2 avril 2026
En mars 2026, le tribunal judiciaire de Valence rend un verdict implacable : obligation de démonter toutes les infrastructures.
L'angle d'attaque est purement urbanistique : la mairie et la préfecture contestent le classement du terrain en camping. Selon eux, ce n'est pas un camping — donc les mobil-homes n'ont pas le droit d'être là. Le propriétaire conteste cette interprétation, affirmant avoir toujours agi dans le respect de la réglementation et reprenant l'usage historique du terrain.
Mais le point crucial est ailleurs. Notez bien la perversité de la manœuvre :
En n'ordonnant pas une « expulsion » mais une « remise en état des lieux », la préfecture et la mairie s'évitent l'obligation de relogement.
On traite des foyers comme de vulgaires meubles que l'on déplace pour libérer de l'espace. Les habitants n'ont que quelques semaines pour partir — et aucun avis d'expulsion formel, ce qui empêche toute contestation sur ce terrain.
La décision laisse aux habitants quelques semaines pour partir — sans les protections légales attachées à une procédure d'expulsion. Comme le résume un habitant : « On nous répond de nous retourner contre notre propriétaire, alors que nous n'avons envie que de le remercier de nous avoir logé dignement. »
Pour discréditer le projet, l'administration agite l'épouvantail habituel du « marchand de sommeil » — cet argument passe-partout qui permet de justifier n'importe quelle destruction d'habitat au nom de la « protection » des occupants.
La réalité ?
Ce n'est pas une exploitation. C'est une communion. Les habitants ne demandent qu'une chose : remercier celui qui leur a offert un toit digne là où les instances publiques ont échoué.
« On veut le faire passer pour un abject marchand de sommeil, alors même qu'il habite avec nous, dans un de ses mobil-homes. »
— AxelT, habitant, blog Mediapart
Ponet-et-Saint-Auban : 141 habitants, 13 km², altitude 353 à 1 041 mètres, à 6 km de Die. La commune fait partie de la Communauté de communes du Diois, un territoire rural où la crise du logement est documentée de longue date.
Dans la vallée du Diois, le marché immobilier est structurellement inadapté :
Dans ce contexte, détruire un projet qui loge dix personnes actives et intégrées est une aberration sociale. Où dormiront ces dix personnes le mois prochain ? Comment justifier de mettre à la rue un pompier ou un fonctionnaire au nom d'une virgule dans un plan d'urbanisme ?
Au lieu de demander une expulsion (procédure longue, soumise à la trêve hivernale, obligeant l'État à proposer un relogement), la mairie et la préfecture demandent la remise en état des lieux.
L'article 8 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme protège le droit au respect de la vie privée, familiale et du domicile.
La jurisprudence est claire : même si une installation est irrégulière au regard de l'urbanisme, le juge doit effectuer un contrôle de proportionnalité. Ordonner la destruction d'un foyer sans solution de relogement est souvent jugé disproportionné.
Pour bloquer cette offensive, le recours en appel (déjà déposé) doit impérativement être doublé d'une demande de sursis à exécution.
L'article R.111-42 du Code de l'urbanisme reconnaît l'existence de résidences mobiles de loisirs dans les terrains de camping. L'article R.111-34 du même code définit les habitations légères de loisirs. La question juridique centrale à Ponet n'est pas de savoir si des gens vivent dans des mobil-homes — c'est de savoir si le classement du terrain en camping est valide.
Si le classement est confirmé, la résidence principale en camping est encadrée par l'article L.411-1 du Code du tourisme et la loi ALUR de 2014 — qui renforce précisément les droits des résidents permanents en camping.
Ce dossier de Ponet-et-Saint-Auban est le miroir exact de ce que nous documentons sur ce site. On préfère un terrain vide et conforme à un terrain vivant et solidaire. Le schéma est toujours le même :
Nous l'avons vu à Nemours. Nous l'avons vu à Aigne. Nous l'avons vu à Deuil-la-Barre. Nous le voyons maintenant dans la vallée du Diois.
Question subsidiaire : on attend toujours de voir si les grandes structures nationales comme HaLEM sortiront de leur silence documentaire pour soutenir concrètement ce propriétaire et ses locataires. Faire des concerts de soutien, c'est bien. Défendre le terrain de Ponet, c'est mieux.
Un appel de la décision a été déposé. Les démarches se poursuivent pour faire reconnaître la conformité du projet. Mais l'urgence est là.
L'État a une obligation légale de relogement pour les personnes précaires. À Ponet, l'administration a trouvé une parade : ne pas expulser elle-même, mais forcer le propriétaire à le faire en le menaçant de mort financière.
En fixant une astreinte de 500 € par jour à l'issue du délai de 3 mois, l'administration place Samuel dans une impasse :
C'est une déjudiciarisation de fait. En utilisant l'arme du portefeuille contre un entrepreneur déjà fragilisé par un grave accident (PTSD), la Préfecture s'épargne la mauvaise publicité d'une expulsion par les forces de l'ordre — et se décharge de son obligation de relogement.
Pas de CRS, pas de caméras, pas de scandale. Juste un gérant broyé entre l'astreinte et la conscience. L'administration frappe là où c'est déjà fragile.
Samuel a interjeté appel de la condamnation. Il peut demander un sursis à exécution qui suspendrait l'astreinte. En parallèle, le PLUi qui déclasse son camping est attaquable devant le Tribunal Administratif — 5 motifs d'annulation identifiés, dont un conflit d'intérêts du maire prouvé par la délibération du 26 février 2026. Les résidents eux-mêmes peuvent invoquer l'article 8 CEDH (droit au domicile) en référé-liberté.
Si vous êtes dans une situation similaire — camping à l'année, mobil-home comme résidence principale, menace de démontage — vous n'êtes pas seuls. Des outils juridiques existent :
Aux habitants du camping "La Ruche" : ne partez pas sans vous battre. Le Droit est de votre côté — il faut juste le temps de le faire entendre.
Camping à l'année, mobil-home menacé, arrêté de démontage — nous pouvons vous aider.
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