L'ANGVC au Parlement européen, 1er octobre 2025. Espérance de vie réduite de 10-15 ans, 1 358 aires d'accueil près des décharges, 12 départements sur 95 en règle. Et les réformes qui pourraient tout changer — pour les Voyageurs et pour tous les habitants en habitat mobile.
Le 1er octobre 2025, l'Association Nationale des Gens du Voyage Citoyens intervenait au Parlement européen lors du colloque Rethinking Housing Together. Devant les eurodéputés et le commissaire européen au logement, William Acker a exposé une réalité systématiquement occultée : les Voyageurs ne sont pas seulement mal accueillis — ils sont mal-logés. Et les règles créées contre eux freinent aussi tous les habitants en habitat mobile. Une analyse que habitat-pc-sos.fr reprend et prolonge.
« Les Voyageurs ne sont pas seulement mal accueillis : ils sont aussi et surtout mal-logés. » — William Acker, ANGVC, Parlement européen, 1er octobre 2025
Dans presque chaque État membre de l'Union Européenne, Roms et Voyageurs vivent dans des conditions de mal-logement structurel : quartiers informels relégués à proximité de décharges, de sites industriels toxiques ou en zones inondables ; accès restreint à l'eau potable, à l'assainissement et à l'énergie ; expulsions forcées qui les déplacent toujours plus loin vers des terres polluées.
Les conséquences sanitaires sont documentées à l'échelle européenne :
En France, une étude de Santé Publique France (2024, Nouvelle-Aquitaine) confirme des résultats similaires. Ces chiffres ne sont pas des accidents — ils sont le produit de politiques publiques structurelles.
Cette dernière mesure mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle dit tout d'un rapport ambigu à la caravane. De 2011 à 2019, l'État a prélevé une taxe annuelle sur les résidences mobiles terrestres — environ 150 € par an pour une caravane occupée comme résidence principale (art. 1013 du Code général des impôts). Le paradoxe est entier : l'administration taxait l'habitat mobile sans pour autant le reconnaître comme un logement. Jugée stigmatisante pour ceux qui n'avaient pas d'autre toit, elle a été abrogée au 1ᵉʳ octobre 2019 (loi de finances pour 2019, art. 26) : elle n'est plus due. Elle rejoint le carnet anthropométrique et le livret de circulation au rayon des dispositifs d'exception que la République a fini par retirer. Un formulaire — le Cerfa n° 14464*01 — est d'ailleurs parfois encore présenté comme une démarche de « régularisation » : il se rapporte à cet impôt qui n'existe plus depuis 2019, et n'a donc plus lieu d'être rempli.
Trente-cinq ans après la première loi Besson, le bilan est sans appel : le système ne fonctionne pas. Ni pour les collectivités qui n'ont pas résolu la question des installations illicites, ni pour les Voyageurs qui vivent toujours dans les mêmes conditions.
« On peut parler ici sans détour de racisme environnemental. » — William Acker, ANGVC, 2 octobre 2025
La cartographie de Visionscarto l'a démontré : les aires d'accueil françaises sont systématiquement situées dans des zones à risque environnemental. Ce n'est pas le fruit du hasard. C'est le résultat de décisions locales qui, commune après commune, ont placé ces équipements là où les riverains ne protestent pas — parce qu'il n'y a pas de riverains, ou parce que ceux qui y vivent déjà n'ont pas de poids politique.
La loi NOTRe (2015) a aggravé la situation en permettant aux interdictions de stationnement de s'étendre à l'échelle intercommunale. Dans certains cas, des territoires aussi grands qu'un département entier sont devenus interdits aux Voyageurs.
William Acker emploie un mot fort — « racisme environnemental » — et il en a le droit : il décrit un fait cartographié. Les mêmes faits se formulent aussi en langage juridique, constatif et opposable, utile autant devant un tribunal que dans le débat parlementaire.
La carence. Un manquement à une obligation légale. La loi Besson impose aux communes de plus de 5 000 habitants de réaliser les aires inscrites au schéma départemental. Quand 12 départements sur 95 seulement sont en règle, ce n'est pas une opinion : c'est une carence constatée.
L'inégalité environnementale. Un écart mesurable d'exposition aux nuisances — décharges, stations d'épuration, axes routiers, zones inondables. Pas un procès d'intention : une donnée cartographiable, comparable d'une commune à l'autre.
Et la loi prévoit déjà le remède. L'article 3 de la loi Besson (loi n°2000-614 du 5 juillet 2000) ouvre un pouvoir de substitution : deux ans après le schéma départemental, et après une mise en demeure restée trois mois sans effet, le préfet peut acquérir les terrains, réaliser et gérer l'aire au nom et pour le compte de la commune défaillante, les dépenses devenant des dépenses obligatoires inscrites à son budget.
Le constat qui dérange : ce pouvoir de substitution existe depuis 2000 et n'a jamais été mis en œuvre. La carence d'accueil n'est donc pas un manque de droit — c'est un droit que l'État n'applique pas. Une carence se comble : c'est une décision, pas une fatalité.
Les plus précaires, privés d'accès au logement, finissent par se fixer dans des aires d'accueil et tentent d'y rester toute l'année. Ces aires, déjà peu accueillantes, se transforment en lieux de logement indécent.
La règle limite le stationnement à 3 mois maximum. Au terme de ce délai, les familles deviennent expulsables sans solution alternative. Elles se fixent dans des lieux de vie informels, en attendant la prochaine expulsion.
Autour de chaque grande ville française, des centaines de ménages : ~100 autour de Brest, ~150 autour de Rennes, autant à Nantes, Clermont, Nice, Lille ou Marseille — sans aucune perspective légale d'accueil ni de logement.
Certains gestionnaires d'aires, souvent des sociétés privées, recourent à des pratiques illégales : coupures coercitives d'électricité et d'eau, "blacklistage" de familles hors de tout cadre légal, intimidations documentées par des décisions contentieuses.
En mars 2025, Bruno Retailleau a créé un groupe de travail au ministère de l'Intérieur, composé uniquement de parlementaires de son bord politique. En juillet 2025, 22 propositions lui ont été remises : toutes visent à davantage de répression. Aucune ne traite de la crise de l'accueil et du logement.
22 propositions, toutes répressives. Zéro solution de logement. Poursuite des expulsions industrielles. Aucune sanction financière dissuasive appliquée — et le pouvoir de substitution du préfet (loi Besson, 2000) jamais mis en œuvre.
Convention systématique avec les Voyageurs à chaque arrivée. Résultat : drastique réduction des troubles à l'ordre public. Économie de 238 000 £/an en frais administratifs et de police. Preuve par les chiffres que négocier coûte moins cher que chasser.
« L'entêtement sécuritaire et la politique de l'autruche produisent un résultat sans appel : le nombre de familles en errance ne grossit que d'année en année. » — William Acker, ANGVC, 2 octobre 2025
William Acker formule des propositions précises et réalisables :
William Acker formule explicitement, dans cet article, la connexion entre le combat des Voyageurs et celui de tous les habitants en habitat mobile :
« Les règles créées contre l'installation des "gens du voyage" constituent aujourd'hui un frein à beaucoup d'autres usagers de la résidence mobile, ou personnes vivant en habitat léger ou alternatif qui pâtissent eux aussi de nombreuses entraves dans leurs possibilités d'habiter. » — William Acker, ANGVC, 2 octobre 2025
Et encore :
« Ces modes d'habitat sont parfois mis en avant comme des alternatives crédibles. Pourtant ils restent pointés du doigt lorsque les personnes qui y vivent sont des Roms, Gitans, Manouches, Sinté, Yéniches, Voyageurs, lorsqu'elles sont perçues à tort ou à raison comme des Tsiganes. » — William Acker, ANGVC, 2 octobre 2025
C'est exactement le combat de habitat-pc-sos.fr : défendre le droit d'habiter autrement, quelle que soit l'origine, quel que soit le type d'habitat. Les PLU qui interdisent la caravane sur terrain privé, les arrêtés anti-cabanisation, les chartes départementales — tous s'appuient sur les mêmes mécanismes juridiques créés initialement contre les Gens du voyage.
Que vous soyez Gens du voyage sur une aire d'accueil, résident en habitat léger menacé ou habitant en caravane sur terrain privé, votre Point Chaud mérite d'être visible sur la carte France.
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