Trente-cinq ans après la fondation du Droit au Logement, Jean-Baptiste Eyraud reste l'une des voix les plus claires sur la crise du logement en France. Son combat recoupe directement celui des habitants HNO.
Le Droit au Logement est fondé en octobre 1990 dans un contexte de drame : des incendies meurtriers dans des immeubles insalubres du 20ème arrondissement de Paris viennent de tuer des familles entières. Ces logements étaient surpeuplés, dégradés, abandonnés à la spéculation. L'incendie ne détruit pas seulement des murs — il révèle l'indifférence d'un système qui produit des mal-logés.
Jean-Baptiste Eyraud co-fonde alors le DAL comme un syndicat de mal-logés, de sans-logis et de locataires — pas une association humanitaire, pas une ONG de confort, mais une organisation de lutte directe, héritière des mouvements ouvriers du siècle passé. La méthode : occupations d'immeubles vacants, réquisitions revendiquées, campements devant les lieux de pouvoir, et actions juridiques.
DAL — Droit au Logement
Fondé en octobre 1990 à Paris. Se définit comme un syndicat — pas une association caritative. Représente les mal-logés, sans-logis et locataires. Méthodes : occupations, réquisitions, contentieux, mobilisations publiques. Présence nationale avec ancrage fort en Île-de-France.
Le bilan dressé par Jean-Baptiste Eyraud est sans appel. En trois décennies et demie, la crise du logement ne s'est pas résorbée — elle s'est aggravée :
Ces chiffres ne sont pas le résultat d'une fatalité économique. Ils sont le produit de choix politiques délibérés — favorisant la rentabilité immobilière sur le droit à se loger.
Jean-Baptiste Eyraud rappelle que dès 1986, la politique de Jacques Chirac comme Premier ministre avait supprimé des protections fondamentales pour les locataires, ouvrant la voie à la « reconquête » spéculative de l'est parisien. Un mouvement qui ne s'est jamais arrêté.
En juillet 2023, la loi Kasbarian-Bergé dite « anti-squat » introduit un mécanisme inédit : le préfet peut ordonner l'expulsion sans jugement. Les organisations qui conseillent les personnes en situation d'occupation peuvent elles-mêmes être poursuivies et sanctionnées.
Pour Jean-Baptiste Eyraud et le DAL, cette loi représente une attaque directe non seulement contre les sans-logis, mais contre le droit même de s'organiser pour défendre le droit au logement. Conseiller un habitant illégalement installé devient un acte potentiellement répréhensible.
Ce que réclame le DAL face à la crise :
• Communalisation des terrains dans les zones tendues
• Préemption systématique des biens mis en vente
• Expropriation des grands détenteurs de logements vacants
• Encadrement strict des loyers
• Abrogation de la loi Kasbarian-Bergé
En 2022 puis 2023, le DAL occupe symboliquement la Samaritaine — propriété de Bernard Arnault, homme le plus riche de France — pour dénoncer l'évasion fiscale des ultrariches et son impact direct sur le financement du logement social. La banderole : « Profiteurs des aides publiques, fraudeurs fiscaux, héritiers… C'est qui les assistés ? »
Bernard Arnault assigne le DAL en justice pour 10 000 euros d'indemnités. En 2023, le tribunal déboute la Samaritaine et la condamne aux frais de justice de l'association. Jean-Baptiste Eyraud savoure : gagner contre l'homme le plus riche de France devant un tribunal français n'est pas banal.
Cette victoire n'est pas seulement symbolique. Elle démontre que les organisations de défense des mal-logés peuvent gagner sur le terrain juridique — exactement ce que pratique l'Aïkido Juridique de Clément David pour les habitants HNO.
Jean-Baptiste Eyraud observe avec attention les mobilisations européennes autour du logement : Berlin, Bruxelles, Lisbonne, Barcelone, Madrid, Pays Basque espagnol. Dans plusieurs villes, des mouvements citoyens ont réussi à imposer des politiques de contrôle des loyers et de protection des locataires face à la spéculation.
Cette internationalisation de la lutte pour le logement est un signal fort : la crise n'est pas française, elle est structurelle. Et les solutions qui fonctionnent ailleurs sont applicables ici.
Le DAL combat principalement dans les villes — logements insalubres, expulsions locatives, immeubles squattés, sans-abri urbains. France-PC-HNO et HaLEM se battent principalement dans les zones rurales et périurbaines — yourtes, tiny houses, caravanes, cabanes. Ce sont les deux faces d'une même réalité : l'impossibilité croissante de se loger dignement en France.
Ce n'est pas un hasard si Clément David, co-fondateur d'HaLEM et théoricien de l'Aïkido Juridique, est le porte-parole du DAL sur les questions rurales. Les deux organisations partagent une même analyse : la crise du logement est produite par des choix politiques, pas par une fatalité — et elle peut être combattue par le droit, par l'organisation collective, et par la visibilité des situations.
Quand le DAL réquisitionne un immeuble vide à Paris et qu'un habitant HNO résiste à un arrêté d'expulsion en Ariège, c'est le même droit fondamental qui est défendu : l'Article 8 de la CEDH — le droit au respect de la vie privée et familiale, qui inclut le domicile.
La carte des Points Chauds France-PC-HNO est, en ce sens, l'équivalent rural de ce que fait le DAL en ville : documenter, rendre visible, et organiser la résistance collective.
Documentez votre situation ou soutenez le réseau des habitants HNO.