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Jean-Baptiste Eyraud, co-fondateur du DAL : 35 ans de lutte pour le droit au logement

Trente-cinq ans après la fondation du Droit au Logement, Jean-Baptiste Eyraud reste l'une des voix les plus claires sur la crise du logement en France. Son combat recoupe directement celui des habitants HNO.

21 mars 2026 · habitat-pc-sos.fr · 5 min de lecture

DAL, octobre 1990 — né d'un drame, forgé dans la durée

Trente-cinq ans après la fondation du Droit au Logement, Jean-Baptiste Eyraud reste l'une des voix les plus claires sur la crise du logement en France. Son combat recoupe directement celui des habitants HNO — et son expérience offre des leçons précieuses pour tout défenseur des mal-logés.

Octobre 1990 : le DAL naît d'un incendie

Le Droit au Logement est fondé en octobre 1990 dans un contexte de drame : des incendies meurtriers dans des immeubles insalubres du 20ème arrondissement de Paris viennent de tuer des familles entières. Ces logements étaient surpeuplés, dégradés, abandonnés à la spéculation. L'incendie ne détruit pas seulement des murs — il révèle l'indifférence d'un système qui produit des mal-logés.

Jean-Baptiste Eyraud co-fonde alors le DAL comme un syndicat de mal-logés, de sans-logis et de locataires — pas une association humanitaire, pas une ONG de confort, mais une organisation de lutte directe, héritière des mouvements ouvriers du siècle passé. La méthode : occupations d'immeubles vacants, réquisitions revendiquées, campements devant les lieux de pouvoir, et actions juridiques.

DAL — Droit au Logement
Fondé en octobre 1990 à Paris. Se définit comme un syndicat — pas une association caritative. Représente les mal-logés, sans-logis et locataires. Méthodes : occupations, réquisitions, contentieux, mobilisations publiques. Présence nationale avec ancrage fort en Île-de-France.

35 ans plus tard : les chiffres de l'échec politique

Le bilan dressé par Jean-Baptiste Eyraud est sans appel. En trois décennies et demie, la crise du logement ne s'est pas résorbée — elle s'est aggravée :

Ces chiffres ne sont pas le résultat d'une fatalité économique. Ils sont le produit de choix politiques délibérés — favorisant la rentabilité immobilière sur le droit à se loger.

Jean-Baptiste Eyraud rappelle que dès 1986, la politique de Jacques Chirac comme Premier ministre avait supprimé des protections fondamentales pour les locataires, ouvrant la voie à la « reconquête » spéculative de l'est parisien. Un mouvement qui ne s'est jamais arrêté.

La loi Kasbarian-Bergé : la menace ultime

En juillet 2023, la loi Kasbarian-Bergé dite « anti-squat » introduit un mécanisme inédit : le préfet peut ordonner l'expulsion sans jugement. Les organisations qui conseillent les personnes en situation d'occupation peuvent elles-mêmes être poursuivies et sanctionnées.

Pour Jean-Baptiste Eyraud et le DAL, cette loi représente une attaque directe non seulement contre les sans-logis, mais contre le droit même de s'organiser pour défendre le droit au logement. Conseiller un habitant illégalement installé devient un acte potentiellement répréhensible.

Ce que réclame le DAL face à la crise :
• Communalisation des terrains dans les zones tendues
• Préemption systématique des biens mis en vente
• Expropriation des grands détenteurs de logements vacants
• Encadrement strict des loyers
• Abrogation de la loi Kasbarian-Bergé

La victoire contre Arnault : symbole et leçon

En 2022 puis 2023, le DAL occupe symboliquement la Samaritaine — propriété de Bernard Arnault, homme le plus riche de France — pour dénoncer l'évasion fiscale des ultrariches et son impact direct sur le financement du logement social. La banderole : « Profiteurs des aides publiques, fraudeurs fiscaux, héritiers… C'est qui les assistés ? »

Bernard Arnault assigne le DAL en justice pour 10 000 euros d'indemnités. En 2023, le tribunal déboute la Samaritaine et la condamne aux frais de justice de l'association. Jean-Baptiste Eyraud savoure : gagner contre l'homme le plus riche de France devant un tribunal français n'est pas banal.

Cette victoire n'est pas seulement symbolique. Elle démontre que les organisations de défense des mal-logés peuvent gagner sur le terrain juridique — exactement ce que pratique l'Aïkido Juridique de Clément David pour les habitants HNO.

L'Europe comme horizon de résistance

Jean-Baptiste Eyraud observe avec attention les mobilisations européennes autour du logement : Berlin, Bruxelles, Lisbonne, Barcelone, Madrid, Pays Basque espagnol. Dans plusieurs villes, des mouvements citoyens ont réussi à imposer des politiques de contrôle des loyers et de protection des locataires face à la spéculation.

Cette internationalisation de la lutte pour le logement est un signal fort : la crise n'est pas française, elle est structurelle. Et les solutions qui fonctionnent ailleurs sont applicables ici.

DAL et HNO : le même combat, deux terrains

Le DAL combat principalement dans les villes — logements insalubres, expulsions locatives, immeubles squattés, sans-abri urbains. France-PC-HNO et HaLEM se battent principalement dans les zones rurales et périurbaines — yourtes, tiny houses, caravanes, cabanes. Ce sont les deux faces d'une même réalité : l'impossibilité croissante de se loger dignement en France.

Ce n'est pas un hasard si Clément David, co-fondateur d'HaLEM et théoricien de l'Aïkido Juridique, est le porte-parole du DAL sur les questions rurales. Les deux organisations partagent une même analyse : la crise du logement est produite par des choix politiques, pas par une fatalité — et elle peut être combattue par le droit, par l'organisation collective, et par la visibilité des situations.

Quand le DAL réquisitionne un immeuble vide à Paris et qu'un habitant HNO résiste à un arrêté d'expulsion en Ariège, c'est le même droit fondamental qui est défendu : l'Article 8 de la CEDH — le droit au respect de la vie privée et familiale, qui inclut le domicile.

La carte des Points Chauds France-PC-HNO est, en ce sens, l'équivalent rural de ce que fait le DAL en ville : documenter, rendre visible, et organiser la résistance collective.

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