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ANALYSE

Crise du logement 2026 : cellules de prison en HLM, SDF «par choix»... les outrances du pouvoir

En deux mois, la France a entendu que les cellules de prison pourraient compter comme logements sociaux — et que les sans-abri choisissent librement la rue. Pendant ce temps : 30 500 expulsions locatives en 2025, chiffre historique. Les habitants HNO, eux, regardent et reconnaissent leur propre histoire.

21 mars 2026 · habitat-pc-sos.fr · 5 min de lecture

Janvier–mars 2026 : deux scandales, un seul aveu

Scandale n°1 : des cellules de prison comptées comme HLM

Le 20 janvier 2026, lors de l'examen de la proposition de loi « Choc » sur le logement au Sénat, un amendement stupéfie l'hémicycle : comptabiliser les places de prison au titre de la loi SRU, à raison de trois cellules pour un logement social. Objectif affiché : inciter les communes récalcitrantes à accepter des prisons sur leur territoire en échange d'une réduction de leurs obligations en matière de HLM.

La loi SRU oblige les communes de plus de 3 500 habitants dans les grandes agglomérations à disposer d'au moins 25 % de logements sociaux. Plus de la moitié des communes concernées ne respectent toujours pas cette obligation — dont beaucoup sont dirigées par la droite.

Ce qui aurait dû rester une provocation isolée prend une tout autre dimension quand le ministre du logement Vincent Jeanbrun prend la parole pour apporter le soutien du gouvernement à cet amendement. Pour lui, compter les prisons comme des logements sociaux permettrait d'encourager les élus locaux à « prendre leur part » dans la construction pénitentiaire.

« Il y a 2,9 millions de ménages en attente d'un logement social. Est-ce qu'on va leur proposer de dormir en prison ? » — Marianne Louis, directrice générale de l'Union sociale de l'habitat

L'amendement est finalement rejeté par le Sénat, y compris par la corapporteuse LR du texte, qui juge la mesure « un bien mauvais signal ». Mais le fait que le gouvernement l'ait soutenu publiquement dit tout de la confusion entre logement et enfermement dans la tête de certains décideurs.

Pour les habitants HNO, ce glissement sémantique n'est pas anodin. Ceux qui vivent dans des yourtes, des tiny houses ou des caravanes savent ce que signifie être traité comme des délinquants par l'administration — des arrêtés, des mises en demeure, des procédures d'expulsion — simplement pour avoir choisi ou subi un mode d'habitat différent.

Scandale n°2 : les SDF dormiraient « par choix »

Fin février 2026, l'épouse du milliardaire Bernard Arnault, la pianiste Hélène Mercier-Arnault, affirme au micro d'une radio nationale que les sans-domicile fixe ont fait « un choix de vie » — qu'ils ont « décidé de lâcher la société ». La séquence, coupée par la rédaction, est diffusée par Mediapart le 21 mars 2026 et provoque l'indignation des associations de défense du logement.

Ce n'est pas la première fois que cette petite musique est jouée. En 2018, un député de la majorité présidentielle avait tenu des propos similaires. L'argument du « choix » est pratique : s'il n'y a pas de victimes mais des volontaires, il n'y a pas de politique à mettre en œuvre.

Les chiffres contredisent le discours :
• 350 000 personnes sans domicile fixe en France — un chiffre qui a doublé en dix ans
• 30 500 ménages expulsés de leur logement en 2025 — chiffre record, lui aussi doublé en dix ans
• 2,9 millions de ménages en attente d'un logement social
• 50 % du parc locatif privé appartient à seulement 3,5 % des ménages

La loi Kasbarian-Bergé dite « anti-squat », adoptée en juillet 2023, a renforcé les protections des propriétaires tout en fragilisant les locataires en difficulté. Entre deux et trois fois plus de ménages ayant reçu un avis d'expulsion quittent leur logement avant même l'arrivée des forces de l'ordre — par peur, par épuisement, ou pour éviter la violence de l'expulsion forcée.

Selon Pierre Madec, économiste à l'OFCE et spécialiste du logement, la crise actuelle est directement liée à l'hyperconcentration du patrimoine immobilier : les ménages les plus fragiles subissent une double peine — hausse des coûts de logement et exclusion d'un marché locatif de plus en plus concurrentiel, pendant que les plus riches accumulent des biens dont la valeur ne cesse de croître.

Les habitants HNO : ni choix romantique, ni délinquance

Ces deux scandales éclairent d'une lumière crue la réalité que vivent quotidiennement les habitants de l'Habitat Non-Ordinaire en France. Personne ne choisit la yourte ou la caravane par caprice. On y arrive parce que le marché ordinaire du logement est devenu inaccessible, parce que les loyers ont explosé, parce qu'une expulsion a tout emporté, parce qu'une séparation, une perte d'emploi ou une maladie a brisé un équilibre fragile.

Or l'État — le même qui soutient de compter des cellules comme des HLM — traite ces habitants avec les outils de la répression : 42 chartes départementales anti-cabanisation, plus de 2 000 arrêtés préfectoraux depuis 2020, amendes de 1 500 à 15 000 euros, procédures d'expulsion administratives et judiciaires.

Pendant que le ministre du logement cherche comment remplir les quotas SRU avec des prisons, des familles entières reçoivent des mises en demeure pour leur yourte ou leur caravane.

C'est exactement cette logique qu'HaLEM a combattue depuis 2006, et que France-PC-HNO continue de dénoncer aujourd'hui. L'Aïkido Juridique — utiliser la Loi ALUR, les zones STECAL, l'Article 8 de la CEDH — reste l'outil le plus efficace pour retourner contre l'arbitraire administratif ses propres règles.

Une lueur : le DAL a gagné contre Arnault

En 2023, après une action d'occupation symbolique de trente minutes à la Samaritaine — propriété de Bernard Arnault — l'association Droit au logement (DAL) a été poursuivie en justice par le milliardaire pour 10 000 euros d'indemnités. Le tribunal a débouté la Samaritaine et condamné le groupe à rembourser les frais de justice de l'association.

Ce jugement symbolique rappelle que le droit peut être un terrain de résistance — pas seulement un instrument de domination. C'est le même principe que celui que pratiquent au quotidien les habitants HNO formés à l'Aïkido Juridique.

Ce que vous pouvez faire maintenant

La crise du logement n'est pas une abstraction. Elle frappe des familles concrètes, dans des départements concrets, avec des noms et des adresses. Chaque Point Chaud HNO signalé est une donnée qui documente cette réalité et renforce la capacité collective à la défendre.

Si vous êtes habitant HNO sous pression administrative — arrêté, mise en demeure, menace d'expulsion — ne restez pas seul :

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