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Analyse comparative · Droit comparé

Les Pays-Bas ont reconnu la culture de la caravane : interdiction légale de la faire disparaître.

Patrimoine national depuis 2014, fin de la « politique d'extinction » des terrains depuis 2018.

Un cadre adossé aux droits humains et à la CEDH — la même Cour qui a condamné la France. En France les 350.000 Français vivant en caravane constatent un accueil défaillant et une répression s'aggravant.

26 juin 2026 France-PC-HNO Article 119 8 min de lecture

Les Pays-Bas protègent l'habitat caravane.
La France le tolère officiellement, mais l'expulse.

Aux Pays-Bas, la culture de la caravane (« woonwagencultuur ») est inscrite au patrimoine immatériel national depuis 2014 ; et depuis 2018, l'État interdit aux communes de réduire le nombre de terrains jusqu'à les faire disparaître. Un voisin européen a choisi de protéger ce mode d'habiter — quand la France, elle, a été condamnée à Strasbourg pour avoir expulsé des familles vivant en caravane.

1. 2014 : la culture de la caravane reconnue comme patrimoine

Aux Pays-Bas, les habitants de caravane — les « woonwagenbewoners » — forment une communauté d'environ 30 000 personnes, réparties sur quelque 1 150 emplacements (« standplaatsen »). Leur mode de vie, hérité des familles itinérantes du XIXe siècle, a longtemps été traité comme un problème à résorber.

En 2014, un basculement symbolique majeur intervient : la woonwagencultuur est inscrite à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel des Pays-Bas. L'initiative est portée par une association d'habitants (la « Vereniging Behoud Woonwagencultuur », « association pour la préservation de la culture de la caravane »), à la suite d'une visite ministérielle sur un terrain en 2013. Reconnaître une culture comme patrimoine, ce n'est pas un geste décoratif : c'est admettre publiquement qu'elle a une valeur à transmettre, et donc à protéger.

2. 2018 : la fin de la « politique d'extinction »

Pendant près de vingt ans (1999-2018), de nombreuses communes néerlandaises ont mené ce qu'on appelait l'« uitsterfbeleid » — littéralement une « politique d'extinction » : ne plus remplacer les emplacements libérés, pour faire disparaître progressivement les terrains de caravanes. Résultat : une chute du nombre de places et des familles sur listes d'attente pendant des années.

Le 12 juillet 2018, le gouvernement central renverse complètement cette ligne en adoptant un cadre national (« Beleidskader Gemeentelijk woonwagen- en standplaatsenbeleid »). Ce cadre interdit la politique d'extinction : les communes ne peuvent plus chercher à réduire le nombre d'emplacements ; elles doivent au contraire évaluer les besoins réels et offrir une offre suffisante. Les objectifs affichés sont explicites : protéger contre la discrimination, garantir les droits humains, et donner aux habitants sécurité juridique et clarté sur leur situation.

🔑 Le point qui change tout

La France reconnaît la caravane comme un habitat (loi du 27 janvier 2017), mais ne protège pas l'offre de terrains contre sa réduction. Les Pays-Bas, eux, ont fait l'inverse : interdire de faire disparaître les places. Reconnaître un habitat sans garantir où le poser, c'est reconnaître à moitié.

3. Un cadre adossé aux droits humains

Ce revirement n'est pas tombé du ciel : il a été réclamé par les institutions de droits humains. Le College voor de Rechten van de Mens (l'Institut néerlandais des droits de l'homme) a, dès 2018, rendu un avis sévère sur les politiques communales d'extinction et appelé à un cadre « conforme aux droits humains » pour les habitants de caravane.

L'argument de fond est simple et puissant : vivre en caravane n'est pas un sous-logement à corriger, c'est un mode de vie protégé. Et un mode de vie protégé crée, pour l'État, des obligations positives — pas seulement le devoir de ne pas nuire, mais celui d'aménager les conditions qui le rendent possible.

4. Winterstein c. France : la France condamnée, les Pays-Bas qui agissent

Cette logique d'obligation positive vient de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Pour la Cour, le mode de vie en caravane relève du droit au respect de la vie privée, familiale et du domicile garanti par l'article 8 de la Convention.

Or c'est précisément la France qui a fourni l'une des décisions de référence en la matière. Dans l'arrêt Winterstein et autres c. France (17 octobre 2013, requête n°27013/07), la CEDH a condamné la France pour l'expulsion d'une vingtaine de familles installées de longue date en caravane à Herblay (Val-d'Oise), au seul motif de l'illégalité de l'occupation, sans contrôle de proportionnalité. La Cour y rappelle que :

« la vulnérabilité des Roms et gens du voyage, du fait qu'ils constituent une minorité, implique d'accorder une attention spéciale à leurs besoins et à leur mode de vie propre » — et que l'article 8 impose aux États « l'obligation positive de permettre aux Roms et gens du voyage de poursuivre leur mode de vie ».

Le contraste est saisissant. De la même jurisprudence européenne, les Pays-Bas ont tiré une réforme protectrice ; la France, pourtant directement condamnée, n'en a pas tiré de cadre équivalent. Le déficit d'aires d'accueil y reste massif — la Cour des comptes relevait environ 69 % des obligations non remplies en 2015 — et de nouvelles propositions de loi cherchent à durcir encore le traitement des installations.

5. Ce que la France pourrait en retenir

Le modèle néerlandais tient en trois gestes, tous transposables :

  • Nommer et valoriser le mode de vie (le patrimoine plutôt que le problème) ;
  • Protéger l'offre de terrains et d'emplacements contre sa réduction ;
  • Adosser le tout aux droits humains et à la CEDH, pour donner aux habitants une sécurité juridique réelle.

La France dispose déjà des briques de droit (loi de 2017 reconnaissant la caravane comme habitat, schémas départementaux d'accueil, code de l'urbanisme). Ce qui lui manque, c'est la marche d'après : passer de la reconnaissance de principe à la garantie concrète d'un endroit où habiter.

🔑 Une reconnaissance arrachée par des citoyens

Aux Pays-Bas, ce n'est pas l'État qui a spontanément reconnu la culture de la caravane : c'est une association d'habitants qui l'a inscrite au patrimoine, et des organisations de droits humains qui ont obtenu le revirement de 2018. La mobilisation citoyenne, documentée et tenace, fait bouger le droit. C'est l'esprit du mouvement européen pour le droit au logement — auquel le mouvement français de l'habitat non-ordinaire est relié — et la raison d'être d'un service public citoyen comme France-PC•HNO.

6. Pour rester juste : un combat inachevé

Il faut le dire sans idéaliser : aux Pays-Bas non plus, tout n'est pas résolu. La mise en œuvre du cadre de 2018 reste inégale selon les communes, les listes d'attente pour un emplacement demeurent longues, et des associations continuent de saisir la justice. Le modèle néerlandais n'est pas un paradis — c'est un cap et une démonstration : on peut choisir de protéger ce mode d'habiter plutôt que de le faire disparaître. La France, condamnée en 2013, n'a pas encore fait ce choix.

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Questions fréquentes

Les Pays-Bas reconnaissent-ils vraiment la culture de la caravane ?

Oui. Depuis 2014, la culture des habitants de caravane (woonwagencultuur) est inscrite à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel des Pays-Bas, à l'initiative de l'association de préservation de cette culture. Il s'agit d'une reconnaissance officielle d'un mode de vie, et non d'une catégorie ethnique.

Qu'est-ce que la « politique d'extinction » interdite en 2018 ?

L'« uitsterfbeleid » désignait la pratique de communes néerlandaises consistant à réduire progressivement le nombre de terrains et d'emplacements pour caravanes, jusqu'à les faire disparaître (par non-remplacement des places libérées). Le cadre national du 12 juillet 2018 l'a interdite : les communes doivent désormais évaluer les besoins et offrir suffisamment d'emplacements, pour des raisons de droits humains et de sécurité juridique.

Quel est le rôle de la CEDH dans ce modèle ?

La Cour européenne des droits de l'homme considère que le mode de vie en caravane relève de la vie privée, familiale et du domicile (article 8 de la Convention), et impose aux États une obligation positive de le faciliter. C'est cette jurisprudence — dont l'arrêt Winterstein et autres c. France du 17 octobre 2013, qui a condamné la France — qui sous-tend le revirement néerlandais.

La France a-t-elle un équivalent ?

Non. La France reconnaît la caravane comme un habitat dans la loi du 27 janvier 2017, mais n'a pas de cadre protégeant l'offre de terrains contre leur réduction. Au contraire, le déficit d'aires d'accueil reste massif (environ 69 % des obligations non remplies en 2015 selon la Cour des comptes), et la France a été condamnée à Strasbourg en 2013 pour l'expulsion de familles vivant en caravane sans contrôle de proportionnalité.

Sources et vérifications :
Inventaire national du patrimoine culturel immatériel des Pays-Bas (Immaterieel Erfgoed Nederland) : inscription de la woonwagencultuur, 2014, à l'initiative de la « Vereniging Behoud Woonwagencultuur ».
Cadre national du 12 juillet 2018 (« Beleidskader Gemeentelijk woonwagen- en standplaatsenbeleid ») : interdiction de la politique d'extinction (uitsterfbeleid) ; évaluation des besoins et offre suffisante d'emplacements.
College voor de Rechten van de Mens (Institut néerlandais des droits de l'homme), avis 2018 sur la politique des terrains de caravanes.
CEDH, Winterstein et autres c. France, req. n°27013/07, arrêt du 17 octobre 2013 (violation de l'article 8 ; expulsion de familles en caravane à Herblay sans contrôle de proportionnalité). Voir Housing Rights Watch.
— Cadre français : loi n°2017-86 du 27 janvier 2017 (caravane reconnue comme habitat) ; Cour des comptes, rapport public 2017 (déficit d'aires d'accueil ≈ 69 % en 2015).

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