Trente-cinq ans après la fondation du Droit au Logement,
Jean-Baptiste Eyraud est la voix la plus claire sur la crise du logement en France.
Son combat est majeur parce qu'il intègre celui des habitants.es HNO.
Tout commence en automne 1986, rue des Vignoles, dans le 20e arrondissement de Paris : un incendie criminel tue 22 personnes, dont 12 enfants. Les logements étaient surpeuplés, dégradés, abandonnés à la spéculation. L'incendie ne détruit pas seulement des murs — il révèle l'indifférence d'un système qui produit des mal-logés. La réponse est immédiate : la même année, le 67 rue des Vignoles est réquisitionné pour y loger des familles sans-abri. C'est la première occupation — et la matrice de toutes celles qui suivront.
Quatre ans de luttes plus tard, Jean-Baptiste Eyraud co-fonde le DAL en octobre 1990 comme un syndicat de mal-logés, de sans-logis et de locataires — pas une association humanitaire, pas une ONG de confort, mais une organisation de lutte directe, héritière des mouvements ouvriers du siècle passé. La méthode : occupations d'immeubles vacants, réquisitions revendiquées, campements devant les lieux de pouvoir, et actions juridiques.
DAL — Droit au Logement
Fondé en octobre 1990 à Paris. Se définit comme un syndicat — pas une association caritative. Représente les mal-logés, sans-logis et locataires. Méthodes : occupations, réquisitions, contentieux, mobilisations publiques. Présence nationale avec ancrage fort en Île-de-France.
Le bilan dressé par Jean-Baptiste Eyraud est sans appel. En trois décennies et demie, la crise du logement ne s'est pas résorbée — elle s'est aggravée :
Ces chiffres ne sont pas le résultat d'une fatalité économique. Ils sont le produit de choix politiques délibérés — favorisant la rentabilité immobilière sur le droit à se loger ... LOGEMENT = produit de consommation SPÉCULATIF.
Jean-Baptiste Eyraud rappelle que dès 1986, la politique de Jacques Chirac comme Premier ministre avait supprimé des protections fondamentales pour les locataires, ouvrant la voie à la « reconquête » spéculative de l'est parisien ...
... dérive propriétariste qui a envahi la France.
En juillet 2023, la loi Kasbarian-Bergé dite « anti-squat » introduit un mécanisme inédit : le préfet peut ordonner l'expulsion sans jugement. Les organisations qui conseillent les personnes en situation d'occupation peuvent elles-mêmes être poursuivies et sanctionnées.
Pour Jean-Baptiste Eyraud et le DAL, cette loi représente une attaque directe non seulement contre les sans-logis, mais contre le droit même de s'organiser pour défendre le droit au logement. Conseiller un habitant illégalement installé devient un acte potentiellement répréhensible.
Ce que réclame le DAL face à la crise :
• Communalisation des terrains dans les zones tendues
• Préemption systématique des biens mis en vente
• Expropriation des grands détenteurs de logements vacants
• Encadrement strict des loyers
• Abrogation de la loi Kasbarian-Bergé
En 2022 puis 2023, le DAL occupe symboliquement la Samaritaine — propriété de Bernard Arnault, homme le plus riche de France — pour dénoncer l'évasion fiscale des ultrariches et son impact direct sur le financement du logement social. La banderole : « Profiteurs des aides publiques, fraudeurs fiscaux, héritiers… C'est qui les assistés ? »
Bernard Arnault assigne le DAL en justice pour 10 000 euros d'indemnités. En 2023, le tribunal déboute la Samaritaine et la condamne aux frais de justice de l'association. Jean-Baptiste Eyraud savoure : gagner contre l'homme le plus riche de France devant un tribunal français n'est pas banal.
Cette victoire n'est pas seulement symbolique. Elle démontre que les organisations de défense des mal-logés peuvent gagner sur le terrain juridique — exactement ce que pratique l'Aïkido Juridique de Clément David pour les habitants.es HNO.
Jean-Baptiste Eyraud observe avec attention les mobilisations européennes autour du logement : Berlin, Bruxelles, Lisbonne, Barcelone, Madrid, Pays Basque espagnol. Dans plusieurs villes, des mouvements citoyens ont réussi à imposer des politiques de contrôle des loyers et de protection des locataires face à la spéculation.
Cette internationalisation de la lutte pour le logement est un signal fort : la crise n'est pas française, elle est structurelle. Et les solutions qui fonctionnent ailleurs sont applicables ici.
Le DAL combat principalement dans les villes — logements insalubres, expulsions locatives, immeubles squattés, sans-abri urbains. Les HNO, Habitats Non Ordinaires, sont principalement dans les zones rurales et périurbaines — yourtes, tiny houses, caravanes, cabanes. Ce sont les deux faces d'une même réalité : l'impossibilité croissante de se loger dignement en France.
Ce n'est pas un hasard si Clément David, co-fondateur d'HaLEM et théoricien de l'Aïkido Juridique, est le porte-parole du DAL sur les questions rurales. Les deux organisations partagent une même analyse : la crise du logement est produite par des choix politiques, pas par une fatalité — et elle peut être combattue par le droit, par l'organisation collective, et par la visibilité des situations.
Quand le DAL réquisitionne un immeuble vide à Paris et qu'un habitant.e HNO résiste à un arrêté d'expulsion en Ariège, c'est le même droit fondamental qui est défendu : l'Article 8 de la CEDH — le droit au respect de la vie privée et familiale, qui inclut le domicile.
La carte des Points Chauds France-PC-HNO est, en ce sens, l'équivalent rural de ce que fait le DAL en ville : documenter, rendre visible, et organiser la résistance collective.
Le DAL ne défend pas seulement les sans-abri urbains. L'organisation porte également la cause des foyers de travailleurs migrants, des caravanes et camions aménagés, et de l'habitat léger et réversible sous toutes ses formes. Sa critique des politiques d'« épuration sociale » vise explicitement les instruments qui frappent aujourd'hui les habitants.es HNO : drones de surveillance, chartes anti-cabanisation départementales, arrêtés d'expulsion accélérés.
C'est cette convergence qui fonde la cohérence du travail de France_PC•HNO
Nous sommes le maillon numérique de cette résistance : nous communiquons assistance dans les territoires ruraux en construisant des outils numériques dans l'esprit de DAL : résister à l'excès de propriétarisme
PC•HNO se tient en profond respect de l'action du DAL conduite par Jean-Baptiste Eyraud, que nous avons rencontré. Nous avons un débat technique sur l'usage du numérique avec une de ses juristes.
Deux terrains, une même conviction : la crise du logement est produite par des choix politiques ... qui nécessitent une organisation de résistance à la même échelle.
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