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Guide juridique urgent

Article 38 DALO :
expulsion sans juge — vos droits

En France, on ne peut pas être expulsé sans juge — l'article 38 est l'exception, et ses conditions sont strictes.

Une procédure administrative permet d'expulser en 48 heures, sans décision de justice. Renforcée en 2023 et 2026, elle est de plus en plus utilisée contre les habitants précaires. Ce qu'elle dit exactement — et comment vous défendre.

26 mars 2026France-PC-HNOArticle 298 min de lecture

Vous recevez une mise en demeure du préfet vous ordonnant de quitter votre terrain sous 24 ou 48 heures. Pas de juge. Pas de procès. Pas de délai de recours classique. C'est l'article 38 de la loi DALO — une procédure d'exception qui permet une expulsion administrative ultra-rapide. Conçue à l'origine pour expulser les squatteurs de résidences principales, elle est aujourd'hui utilisée bien au-delà de ce cadre. Voici ce qu'elle dit, ce qu'elle ne peut pas faire — et comment vous défendre.

1. Qu'est-ce que l'article 38 DALO ?

La règle générale en France est simple : on ne peut pas expulser quelqu'un sans décision de justice. C'est le principe posé par l'article L411-1 du Code des procédures civiles d'exécution. Ce principe protège tout occupant, même sans titre, même en situation irrégulière.

L'article 38 de la loi DALO (loi n° 2007-290 du 5 mars 2007) est une exception à ce principe. Il crée une procédure administrative qui permet au préfet d'ordonner une expulsion forcée, sans passer par un tribunal, en cas d'entrée illicite dans un local à usage d'habitation.

Texte — Article 38 de la loi DALO (version 2026)

"En cas d'introduction et de maintien dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte, le propriétaire ou le locataire du logement occupé peut demander au préfet de mettre en demeure l'occupant de quitter les lieux, après avoir déposé plainte, fait la preuve que le logement constitue son domicile et fait constater l'occupation illicite par un officier de police judiciaire. Le préfet doit se prononcer dans un délai de quarante-huit heures à compter de la réception de la demande. [...] Si l'occupant n'a pas quitté les lieux dans le délai fixé par la mise en demeure, le préfet doit procéder sans délai à l'évacuation forcée du logement."

Modifié par la loi n° 2020-1525 du 7 décembre 2020, par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 (loi Kasbarian-Bergé), et par la réforme de 2026.

2. La procédure étape par étape

1
Dépôt de plainte par le propriétaire/locataire Le demandeur (propriétaire ou locataire dont le domicile est occupé) dépose plainte auprès du commissariat ou de la gendarmerie pour violation de domicile.
2
Constat d'un officier de police judiciaire Un OPJ constate officiellement l'occupation illicite — nécessaire pour la constitution du dossier.
3
Saisine du préfet Dossier complet requis Le propriétaire/locataire saisit le préfet avec : preuve du droit sur le logement, plainte, constat OPJ. Le préfet peut requérir l'administration fiscale si le demandeur ne peut accéder à ses documents (délai 72h).
4
Décision du préfet 48h Le préfet se prononce dans les 48 heures. Il doit examiner la situation personnelle et familiale des occupants avant de décider.
5
Mise en demeure de quitter les lieux Si le préfet fait droit à la demande : mise en demeure avec délai minimum de 24 heures si le logement constitue le domicile du demandeur, ou 7 jours dans les autres cas.
6
Évacuation forcée par les forces de l'ordre Si l'occupant ne part pas dans le délai : le préfet ordonne l'évacuation forcée "sans délai". La trêve hivernale ne s'applique pas.

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3. Quand l'article 38 NE peut pas s'appliquer

C'est le point crucial que beaucoup ignorent — y compris certains préfets. L'article 38 est une procédure d'exception : elle a des conditions strictes. Si une seule n'est pas remplie, la procédure est illégale et contestable.

✅ L'article 38 ne peut PAS s'appliquer si :

"Le faible nombre de garanties apportées au cours de ses différentes étapes, l'extension de son champ d'application peu clair et les directives fortes adressées aux préfets ont entraîné des dérives de plus en plus nombreuses." — Jurislogement, Note pratique article 38 DALO, 26 février 2026

4. Les réformes de 2023 et 2026 : une extension inquiétante

⚠️ Ce qui a changé récemment :

Ces évolutions ont été présentées comme des mesures de protection des propriétaires contre les squatteurs professionnels. Mais dans les faits, elles touchent aussi des personnes en grande précarité — familles expulsées d'un logement qui se réinstallent dans un bien vacant, gens du voyage qui stationnent sur un terrain communal, habitants de caravanes sur des terrains dont le statut est flou.

5. Vos protections — ce que le préfet est obligé de faire

La procédure de l'article 38 n'est pas sans garde-fous. Le Conseil constitutionnel a validé la loi Kasbarian-Bergé le 26 juillet 2023 (décision n° 2023-853 DC) — partiellement : un article censuré, et des réserves importantes.

🛡️ Les protections dont vous disposez

  1. Examen obligatoire de votre situation personnelle
    Le Conseil constitutionnel l'impose : le préfet doit examiner votre situation personnelle et familiale avant de prendre sa décision. Présence d'enfants, état de santé, absence de solution de relogement, durée d'occupation — tout cela compte.
  2. Le "motif impérieux d'intérêt général"
    Le préfet peut refuser la mise en demeure pour un motif impérieux d'intérêt général : situation sanitaire grave, enfants scolarisés en période scolaire, personne en fin de vie, absence totale de solution d'hébergement d'urgence. En cas de refus, il renvoie vers la voie judiciaire classique.
  3. Le référé-liberté devant le tribunal administratif
    Vous pouvez saisir le tribunal administratif en urgence (référé-liberté, article L521-2 CJA) pour contester la décision du préfet. Le juge examine si l'évacuation est une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale — dont le droit au domicile (article 8 CEDH).
  4. La contestation de la régularité de la procédure
    Si le dossier présenté au préfet est incomplet ou si les conditions légales ne sont pas remplies (pas d'entrée par voie de fait, présence ancienne, terrain sans usage d'habitation), la décision peut être annulée.
  5. L'invocation de la CEDH
    Les arrêts Buckley (1996), Connors (2004) et Winterstein c. France (2013) sont des arguments recevables devant le juge administratif pour contester une évacuation disproportionnée.

Cette obligation d'examen est contrôlée jusqu'au Conseil d'État. Le 16 juillet 2025 (n° 502573), le Conseil d'État a vérifié qu'une évaluation de la situation personnelle des occupants avait bien été menée avant une évacuation — c'est désormais un point que le juge regarde systématiquement. Coopérer avec cette évaluation est dans votre intérêt : dans cette affaire, c'est l'entrave des occupants aux investigations qui a fait échouer leur recours. Décision : CE, 5ᵉ ch., 16/7/2025, n° 502573.

6. Que faire si vous recevez une mise en demeure

⚡ Actions immédiates — dans les premières heures

  1. Ne partez pas immédiatement — la mise en demeure est contestable. Partir spontanément ferme tous les recours.
  2. Lisez attentivement le document — vérifiez : votre nom y est-il ? Les conditions légales sont-elles mentionnées ? Le délai fixé est-il correct ?
  3. Appelez immédiatement une association — HaLEM, Libres Toits, collectif local, France Liberté Voyage selon votre situation
  4. Contactez un avocat spécialisé — un référé-liberté peut être déposé en quelques heures. Certains avocats acceptent l'aide juridictionnelle d'urgence.
  5. Documentez votre présence — photos, témoignages de voisins, factures, courriers reçus à cette adresse, carnet scolaire des enfants : tout ce qui prouve que c'est votre domicile réel.
  6. Signalez sur notre carte — chaque signalement alerte notre réseau associatif en temps réel.
🚨 Si l'article 38 ne s'applique pas à votre situation :
Si vous êtes propriétaire de votre terrain, locataire ou occupant depuis longtemps avec l'accord du propriétaire, la procédure article 38 est illégale. Un référé-liberté peut obtenir la suspension de l'évacuation forcée dans les heures qui suivent le dépôt. Ne partez pas sans consulter un avocat ou une association.

7. Trêve hivernale : une idée fausse à corriger

Un mythe très répandu : la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars) protégerait tout le monde de toute expulsion. C'est faux pour l'article 38.

La trêve hivernale s'applique aux expulsions judiciaires — celles qui font suite à une décision de tribunal (art. L.412-6 du Code des procédures civiles d'exécution : les mesures d'expulsion sont suspendues du 1er novembre au 31 mars sauf relogement assuré ; le délai de deux mois qui la précède relève de l'art. L.412-1). Elle ne s'applique pas aux évacuations administratives de l'article 38. En clair : le préfet peut ordonner une évacuation article 38 en plein mois de janvier, en plein hiver, sans que la trêve n'y fasse obstacle.

En revanche, l'obligation d'examiner la situation personnelle des occupants inclut les conditions climatiques et sanitaires — un argument supplémentaire à invoquer devant le juge administratif en cas de contestation hivernale.

À l'inverse, quand l'expulsion passe par le juge civil (un propriétaire qui vous fait quitter son terrain), la trêve joue pleinement — et vivre en caravane ne l'exclut pas : une cour d'appel a jugé que le délai de deux mois et la trêve hivernale s'appliquent « dès lors que ces caravanes constituent leur lieu d'habitation » (CA Paris, 20 septembre 2024, n° RG 23/14745).

Questions fréquentes — article 38 DALO

Peut-on être expulsé sans juge en France ?

En principe non : toute expulsion exige une décision de justice (article L.411-1 du code des procédures civiles d'exécution). L'article 38 de la loi DALO est l'exception : une procédure administrative où le préfet met en demeure et fait évacuer — mais ses conditions sont strictes, et si une seule manque, la procédure est contestable.

L'article 38 s'applique-t-il à un terrain ?

Non : il vise l'introduction dans un « local à usage d'habitation » — le domicile ou le logement d'autrui. Un terrain nu, un terrain agricole ou un local commercial sont hors de son champ. Un arrêté « article 38 » visant une tiny house ou des caravanes sur un terrain est précisément le point à faire contrôler par le juge.

La trêve hivernale protège-t-elle contre l'article 38 ?

Non — la trêve (1er novembre au 31 mars) vise les expulsions judiciaires, pas les évacuations administratives de l'article 38. En revanche, quand l'expulsion passe par le juge civil, la trêve s'applique pleinement, y compris en caravane-domicile (CA Paris, 20 septembre 2024, n° RG 23/14745).

Comment contester une mise en demeure article 38 ?

Par le référé-liberté devant le tribunal administratif (article L.521-2 CJA — le juge statue sous 48 heures), en démontrant que les conditions ne sont pas remplies (propriétaire du terrain, autorisation, occupation ancienne, pas de voie de fait, bien qui n'est pas un logement) ou que l'évacuation est disproportionnée (article 8 CEDH, situation personnelle et familiale non examinée). Ne partez pas avant d'avoir consulté : partir ferme les recours.

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Sources :
Jurislogement : Note pratique — procédure administrative d'évacuation forcée : l'article 38 de la loi DALO (26 février 2026)
Village Justice : "La procédure administrative d'évacuation forcée — article 38 DALO", Charles-Amadou Dramé, avocat
Fondation pour le Logement : La procédure administrative d'évacuation forcée
— Conseil constitutionnel, décision n° 2023-853 DC du 26 juillet 2023 (loi Kasbarian-Bergé)
— Loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 (DALO), article 38
— Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite

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