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Enquête urbanisme

Condamné le 20 mars pour un camping légal.
Déclassé en zone naturelle le 5 avril.
Qui a fait les choses « à l'envers » ?

À Ponet-et-Saint-Auban, un camping classé depuis 1998 est reclassé en zone naturelle par le PLUi — 16 jours APRÈS la condamnation pénale du gérant. Le PV de la DDT n'a jamais été notifié. La DDT a refusé de consulter le constat d'huissier. Le maire dit « appliquer la loi ». Laquelle — celle d'avant ou celle d'après ?

9 avril 2026 · habitat-pc-sos.fr · Enquête urbanisme · 10 min

La chronologie qui change tout

Les dates sont publiques. Les arrêtés préfectoraux sont signés. Le constat d'huissier est authentique. La délibération du conseil communautaire est en accès libre. Quand on les aligne, un schéma apparaît — et ce n'est pas celui que le reportage France 3 du 8 avril raconte.

31 juil. 1996
Arrêté préfectoral : autorisation d'exploiter un camping de 40 emplacements (AC n° 26 246 96 D0001). En vigueur
17 nov. 1998
Arrêté préfectoral : classement camping catégorie 1 étoile, mention tourisme, 40 emplacements, 120 campeurs. Signé par le Préfet à Valence. Abroge l'arrêté de 1987 — celui de 1996 reste en vigueur. En vigueur
2 fév. 2018
Permis de construire DDT : reconstruction à l'identique d'un camping classé 1 étoile. Architecte Zip (Grenoble). Surface 20 592 m². En vigueur
2020
Acquisition par Samuel Gauge. Le terrain est vendu comme camping existant avec plan DDT validé. Travaux engagés.
25 sept. 2020
Constat d'huissier (Me Royer, Die) : démarrage des travaux dans les délais. Tranchées, réseaux, 4 mobil-homes, panneau de permis affiché. 9 pages, 17 photos. Acte authentique
Fin 2020
Intervention du maire + DDT sur terrain clos, en l'absence du propriétaire. Colère, menaces verbales (témoignage d'une résidente).
~Mai 2022
PV de la DDT avec forces de l'ordre. Motif allégué : « construction illégale destinée à l'habitat permanent ». Jamais notifié au gérant. La DDT refuse de consulter le constat d'huissier malgré plusieurs demandes. Se base sur l'arrêté de 1996 en ignorant celui de 1998.
Sept. 2024
LRAR Me Delhomme → Procureur : démontre l'absence d'infraction. Camping autorisé, R.421-23, mobil-homes < 35 m². Demande de classement sans suite. Télécharger →
26 fév. 2026
VOTE DU PLUi — Conseil communautaire à Recoubeau-Jansac. 54 présents, 61 votants, unanimité (1 abstention : BSellier). Le maire de Ponet-et-Saint-Auban (ROLLAND) est présent et vote POUR le reclassement de son propre camping communal en zone naturelle. Samuel Gauge n'a reçu aucune convocation ni notification. Délibération C260226-02Télécharger la délibération →
5 mars 2026
Accusé de réception de la Sous-Préfecture de Die. Transmission de l'acte au Préfet. Le PLUi sera exécutoire un mois après publication sur le Géoportail de l'Urbanisme (art. L153-23).
20 mars 2026
CONDAMNATION — tribunal de Valence. Exécution provisoire. Audience sans avocat (PTSD du gérant). Renvoi refusé. Le terrain est encore sous RNU — le camping est encore légal. Le PLUi est voté mais pas encore en vigueur. Le maire sait depuis le 26 février
5 avril 2026
Le PLUi entre en vigueur. Le terrain est reclassé en zone naturelle (N). Le camping classé depuis 1998 est administrativement anéanti. Sans aucune concertation avec le propriétaire. 16 jours après la condamnation
8 avril 2026
France 3 Rhône-Alpes : le maire déclare « appliquer la loi » et parle d'un terrain en zone non constructible. Le classement en zone N n'a que 3 jours d'existence. (article franceinfo.fr)
Le tribunal condamne Samuel Gauge le 20 mars pour un camping qui est encore légal. Le PLUi qui le déclasse n'entre en vigueur que le 5 avril. Qui, exactement, a fait les choses « à l'envers » ? — La question que France 3 Rhône-Alpes n'a pas posée

Le Catch-22 : l'administration crée le problème qu'elle sanctionne

La séquence est circulaire :

  1. La DDT valide le plan de reconstruction en 2018
  2. Samuel démarre les travaux dans les délais (huissier 2020)
  3. La DDT intervient en 2022, dresse un PV, crée l'incertitude juridique
  4. Samuel ne peut plus investir sans garantie — les travaux ralentissent
  5. Le tribunal le condamne pour « plan caduque » et travaux incomplets
  6. Le PLUi de 2026 achève le processus en reclassant le terrain en zone N

Samuel le résume en une phrase : « Ils me reprochent un problème qu'ils ont eux-mêmes créé. »

⚠️ Le PV fantôme

Le PV de la DDT de 2022 — sur lequel repose toute la chaîne pénale — n'a jamais été notifié à Samuel Gauge. Pas de LRAR, pas de courrier. Un PV d'infraction pénale doit être notifié pour que le mis en cause puisse exercer ses droits de défense.

De plus, la DDT a refusé de consulter le constat d'huissier (acte authentique, force probante supérieure) malgré « plusieurs demandes » du gérant. Et elle se base sur l'arrêté de 1996 en ignorant celui de 1998 — les deux étant en vigueur.

Un camping, pas un champ

Dans le reportage France 3, le maire ajoute qu'on ne pose pas des mobil-homes « au milieu d'un champ ». Comme le fait remarquer un résident : « Il ne s'agit pas d'un champ mais d'un camping. Et poser des mobil-homes dans un camping ne me paraît pas révolutionnaire. »

Les photos parlent d'elles-mêmes :

Mobil-home avec réserve de bois, camping de Ponet-et-Saint-Auban, avril 2026
Habitat entretenu, réserve de bois, cadre boisé
Vue d'ensemble du camping à travers les arbres, Ponet-et-Saint-Auban, avril 2026
Vue d'ensemble : mobil-homes sous les arbres, chemin d'accès
Mobil-home avec terrasse et abri bois, camping de Ponet-et-Saint-Auban, avril 2026
Mobil-home avec terrasse et abri — habitat digne, pas un bidonville
Aménagements extérieurs soignés, camping La Ruche, Ponet-et-Saint-Auban, avril 2026
Aménagements extérieurs soignés — cadre entretenu
Cadre verdoyant du camping La Ruche, mobil-homes entre les arbres, avril 2026
Cadre naturel préservé, intégration paysagère
Mobil-home aménagé, camping La Ruche, Ponet-et-Saint-Auban, avril 2026
Habitat digne et entretenu — vie quotidienne
Détail du camping La Ruche, Ponet-et-Saint-Auban, Drôme, avril 2026
Un lieu de vie — 10 résidents menacés d'expulsion

Le terrain dispose de deux arrêtés préfectoraux en vigueur :

Arrêté du 31 juillet 1996 — Autorisation d'exploitation

AC n° 26 246 96 D0001. Autorise l'exploitation d'un camping de 40 emplacements pour 160 personnes. Jamais abrogé.

Arrêté du 17 novembre 1998 — Classement catégorie 1 étoile

Classement officiel « catégorie 1 étoile, mention tourisme ». 40 emplacements, 120 campeurs. Signé par le Préfet de la Drôme à Valence. Abroge l'arrêté de 1987 — celui de 1996 reste en vigueur. Télécharger l'arrêté →

Le permis de construire de 2018 exige une reconstruction « à l'identique » — c'est-à-dire un camping classé. Le constat d'huissier de 2020 prouve que les travaux ont démarré dans les délais. La DDT elle-même reconnaît l'existence du permis de 2018.

Sous le RNU, le terrain relevait de l'article R.111-34 du Code de l'urbanisme (terrains de camping). Les mobil-homes de 28 m² y sont autorisés sans document d'urbanisme particulier (R.111-38). L'article R.421-23 confirme qu'aucune autorisation n'est requise pour installer des résidences mobiles de loisirs dans un camping régulièrement autorisé.

Le PLUi est attaquable

⚖️ Cinq motifs d'annulation du PLUi

1 — Erreur manifeste d'appréciation

Le terrain est un camping classé par arrêté préfectoral depuis 1998, exploité de manière continue. Le classer en zone naturelle (N) ne correspond pas à la réalité de son usage sur 28 ans. Un zonage doit refléter la réalité du terrain, pas la détruire.

2 — Atteinte disproportionnée aux droits acquis

Deux arrêtés préfectoraux (1996, 1998) et un permis de construire (2018) constituent des droits acquis. Un PLUi peut modifier le zonage, mais il ne peut pas anéantir des actes administratifs antérieurs sans motivation d'intérêt public supérieur — et sans information du propriétaire.

3 — Vice de procédure : absence de notification

Samuel Gauge, propriétaire d'une activité autorisée par arrêté préfectoral, n'a reçu aucune convocation ni notification relative au changement de zonage de ses parcelles lors de l'élaboration du PLUi. Le Code de l'urbanisme (art. L153-19) exige une enquête publique — le propriétaire d'une activité légale doit pouvoir y participer.

4 — Conflit d'intérêts documenté

Le maire de Ponet-et-Saint-Auban (ROLLAND), élu sous l'étiquette « Vivre ensemble pour Ponet », est intervenu sur le terrain clos dès fin 2020, avec menaces verbales. La délibération C260226-02 du 26 février 2026 prouve qu'il était présent au vote du PLUi et a voté POUR le reclassement en zone naturelle du camping de sa propre commune — un camping faisant l'objet d'une procédure pénale qu'il avait lui-même contribué à déclencher. Le maire est par ailleurs agriculteur — le reclassement du terrain en zone naturelle pose la question d'un éventuel intérêt foncier. Conflit d'intérêts caractérisé. (Délibération PDF →)

« Vivre ensemble pour Ponet » — le slogan électoral du maire qui vote l'expulsion de 12 habitants de sa propre commune.

5 — Absence de motivation

Aucune motivation d'intérêt public n'a été communiquée pour justifier le reclassement d'un camping autorisé en zone naturelle. Le terrain n'a pas d'intérêt écologique particulier documenté — il est boisé, comme le reste de la vallée du Diois.

Le délai de recours court

Le PLUi est entré en vigueur le 5 avril 2026. Le délai de recours contentieux est de 2 mois :

📅 Date limite : 5 juin 2026

Samuel Gauge dispose jusqu'au 5 juin 2026 pour saisir le Tribunal Administratif de Grenoble d'un recours en annulation du PLUi, ciblé sur le classement de ses parcelles (section WA n° 2 et 39) en zone naturelle.

Un recours gracieux (LRAR au président de la Communauté de communes du Diois) suspend ce délai — c'est la première action à engager, dès maintenant.

Si le PLUi est annulé sur ce point, le terrain redevient camping sous RNU. La base juridique de la condamnation pénale s'effondre.

Ce que France 3 aurait pu raconter

Le reportage du 7 avril présente un conflit local entre un propriétaire qui « fait les choses à l'envers » et un maire qui « applique la loi ». Mais la chronologie documentée raconte une autre histoire :

Le maire dit « appliquer la loi ». Mais laquelle ? Celle de 1998 qui autorise le camping ? Celle de 2018 qui valide la reconstruction ? Ou celle du 5 avril 2026 — adoptée 16 jours après la condamnation ?

4 médias couvrent l'affaire — les contradictions s'accumulent

Le 9 avril, Le Dauphiné Libéré publie un article détaillé (Caroline Bern). Le 10 avril, La Dépêche du Midi reprend l'affaire — le sujet sort de la Drôme pour toucher l'audience nationale.

Dans Le Dauphiné, l'avocate de la commune, Me Lucile Stahl, affirme que l'autorisation de 1996 ne concerne qu'un « camp de tourisme saisonnier » pour « tentes et caravanes, deux mois dans l'année ».

Ce faisant, elle ignore l'arrêté préfectoral de 1998 — qui classe le terrain en camping 1 étoile, 40 emplacements, 120 campeurs — et le permis de construire de 2018 (délivré par la DDT elle-même) autorisant la reconstruction à l'identique. Réduire ce camping à une autorisation saisonnière de 1996, c'est occulter 28 ans de réalité administrative.

Le maire Daniel Rolland y déclare : « Il n'y a jamais eu de conciliation possible ». C'est le même maire élu sous le slogan « Vivre ensemble pour Ponet » qui a voté pour le PLUi déclassant le camping.

⚖️ Appel en cours

Samuel Gauge a interjeté appel de la condamnation du 20 mars. La commune a formulé un appel incident. La procédure est donc loin d'être terminée. Les résidents — tous travailleurs (autoentrepreneur tourisme, assistante d'éducation, moniteur de canyoning et sapeur-pompier volontaire, ancienne orthopédiste) — envisagent de se constituer en groupement de locataires.

Sources :
— Arrêté préfectoral du 17 novembre 1998, classement camping 1 étoile, Préfecture de la Drôme (PDF)
— Arrêté du 31 juillet 1996, autorisation d'exploitation camping 40 emplacements (AC n° 26 246 96 D0001)
— Permis de construire n° AT 26246 18 D0001, délivré le 2 février 2018, DDT Drôme
— Procès-verbal de constat d'huissier, Me Lauriane Royer, SCP Hernandez & Royer (Die), 25 sept. 2020 (PDF)
— LRAR Me Grégory Delhomme → Procureur de la République, 29 sept. 2024 (PDF)
— Délibération C260226-02, Conseil communautaire du Diois, 26 février 2026, adoption du PLUi — acte publié le 10 mars 2026, entré en vigueur le 5 avril 2026. Le maire de Ponet-et-Saint-Auban (ROLLAND) est listé parmi les présents. (PDF)
— Reportage France 3 Rhône-Alpes, 8 avril 2026 (franceinfo.fr)
— Reportage ICI Drôme Ardèche (ex-France Bleu), 8 avril 2026 (ici.fr)
Le Dauphiné Libéré, « Nous ne sommes pas des squatteurs », Caroline Bern, 9 avril 2026 (ledauphine.com, réservé abonnés)
La Dépêche du Midi, « Ils logeaient dans des mobil-homes à l'année : neuf locataires sont obligés de quitter leur camping », 10 avril 2026 (ladepeche.fr)
— Code de l'urbanisme : R.111-34 (terrains de camping), R.111-38 (HLL < 35 m²), R.421-23 (camping autorisé), L153-19 (enquête publique PLU), L480-4 à L480-9 (remise en état)
— Témoignages directs du gérant (Samuel Gauge) et d'un résident (Axel Tholens)